Bad Religion ?

Ah c’est sympa, ça fait penser à Offspring…“.
S’il ne fallait qu’une bonne raison pour raconter Bad Religion, ce serait peut-être bien celle-ci. La scène punk rock américaine ne serait sans doute pas ce qu’elle est sans le groupe “originaire de San Fernando Valley, Los Angeles, Californie”.
Bad Religion : paroles pleines de sens chantées sur des guitares rapides et mélodiques, parfois agressives, accompagnées de sacrées harmonies, depuis 1980.

1979.
Gregory Walter Graffin a 15 ans quand il découvre le punk rock à la radio. Avec son pote de lycée et musicien (batteur) Jay Ziskrout, et après s’être fait présenté Brett Gurewitz (guitariste), ils décident de former un groupe.
Après quelques répétitions, les trois adolescents se rendent compte qu’il manque clairement un bassiste à la formation. Entre en scène Jay Bentley. Guitariste à la base, mais désireux de faire partie d’un groupe, le jeune homme s’improvise bassiste.

Le groupe a trouvé son équilibre, il lui faut maintenant un nom. D’après Greg Graffin, pas mal de noms furent étudiés. Tous avec la même idée directrice pour nos adolescents de 15-16 ans : “Faire chier les adultes”.
Nous avons donc échappé à  “Smegma“, “Head Cheese“, “Vaginal Discharge“, “Bad Planning” et “Bad Family Life“. Mais le début des années 80 marque l’arrivée à la télévision américaine des télévangélistes et de “la Majorité morale”, mouvement qui exerçait une puissante influence sur l’élection présidentielle entre Jimmy Carter et Ronald Reagan. Ce sera donc “Bad Religion“.
Mais nos ados ne s’arrêtent pas là dans l’intention de provoquer et quand Brett Gurewitz arrive avec le dessin du logo (le “crossbuster”, la croix barré), il est tout de suite adopté. Qui a déjà porté un T-Shirt avec cet énorme logo sait les regards et les effets que cela peut provoquer (spécial dédicace à la bonne sœur avec qui j’ai partagé une banquette lors d’un trajet en train pour aller voir Bad Religion à Reggio Emilia en Italie en août 2000 !).

Jay Ziskrout quittera le groupe deux ans plus tard mais Graffin, Gurewitz et Bentley, véritables piliers du groupe, font encore partie de Bad Religion en 2020.

Greg Graffin, Jay Ziskrout, Brett Gurewitz, Jay Bentley. Photo : Gary Leonard, 1980.

1980.
Premières répétitions (dans le garage de Greg Graffin quand sa mère est au boulot), première cassette démo (“Bad Religion“, démo de 6 titres, dont la chanson éponyme) et premiers concerts.
Bien entendu, la cassette ne sort pas sur un label connu. Pour la distribuer, ils créent donc le leur : “Epitaph” est né.
Epitaph est aujourd’hui bien connu pour distribuer (ou avoir distribué) Agnostic Front, The Offspring, Pennywise, NOFX, Social Distortion… “ANTI-” est une sorte de “sous-label” d’Epitaph qui distribue entre autres Tom Waits et Nick Cave.

1982.
Grâce au succès de cette première démo (et à un prêt de 1000 dollars du père de Brett Gurewitz), le groupe entre en studio à Hollywood (ça fait clinquant comme ça, mais bon, c’était juste un quartier de leur ville). En sortira l’album culte : “How could Hell be any worse ?” (“Comment l’enfer pourrait-il être pire ?“) ainsi que le batteur Jay Ziskrout, sans raison particulière. En plein milieu de l’enregistrement, il sera donc remplacé par Pete Finestone.

1983.
Gros trou noir dans l’histoire du groupe.
Malgré le succès de leur premier album, tout semble partir en vrille. Greg Graffin donne plus d’importance aux études qu’au groupe (quelle idée…), Pete Finestone part étudier au Royaume-Uni et Brett Gurewitz découvre la drogue. Quand à Jay Bentley, il quitte carrément le groupe dès le début de l’enregistrement du deuxième album : “Into the unknown” (que l’on n’hésitera pas du tout à traduire par “Dans l’inconnu“).
L’énigme de cet album est partiellement résolue lorsque l’on sait que Greg Graffin a fait l’acquisition d’un synthétiseur et qu’il avait apparemment très envie de s’en servir. Ce deuxième album studio voit quand même le jour avec Davy Goldman à la batterie et Paul Dedona à la basse mais il ne sonne pas du tout comme le premier (et, heureusement, pas non plus comme les suivants).
Après ce fiasco teinté de rock progressif et la faillite d'”Epitaph“, le groupe se sépare.

Brett Gurewitz, Pete Finestone (au fond), Greg Graffin, Jay Bentley. Photo : Edward Colver, 1982.

1984-1985.
Que gloire soit rendu à Greg Hetson ! C’est lui, alors guitariste des Circle Jerks (en pause à ce moment-là), qui arrive à convaincre Greg Graffin de reformer Bad Religion. Avec Tim Gallegos (bassiste de Wasted Youth) et Pete Finestone revenu d’Angleterre, ils recommencent à faire des concerts.
Enregistré en 1984 mais sorti en 1985, “Back to the known” (littéralement “De retour dans le connu”) signe le retour de Bad Religion à un punk plus hard core en adéquation avec le son de leurs débuts.

1986-1987.
Greg Graffin arrive à convaincre Jay Bentley de revenir dans le groupe. Greg Hetson étant reparti en tournée avec les Circle Jerks, Graffin arrive même a convaincre Brett Gurewitz de revenir aussi. Ce dernier est sorti de ses problèmes de drogues mais est très occupé par son métier d’ingénieur du son et par la gestion de son label “Westbeach Records” (qui redeviendra “Epitaph“). De retour de tournée, Greg Hetson rejoint le groupe pour de bon.
Un chanteur (Greg Graffin), deux guitaristes (Brett Gurewitz et Greg Hetson), un bassiste (Jay Bentley) et un batteur (Pete Finestone) : Bad Religion est reformé.

1988.
La scène punk est moribonde. Nos ados sont devenus des jeunes hommes et il semble que tout était réuni pour marquer l’histoire de cette musique.
En 1988 sort l’album “Suffer” et c’est comme si la joie de se retrouver ensemble de nouveau resurgissait dans chaque morceau. Greg Graffin et Brett Gurewitz écrivent deux chansons par semaine et en un mois l’album est terminé. Ils l’enregistrent en une semaine. Assez peu vendu (4000 exemplaires) du fait de l’état de la scène punk mais reconnu par la presse spécialisée, cet album – et sa pochette –  sont cultes aujourd’hui.

1989.
Dans la même veine, l’album “No Control” sort cette année-là. Le rythme est toujours aussi rapide et se confirme la patte de Greg Graffin dont l’écriture allie des thèmes sociétales et anthropologiques. Graffin est alors universitaire dans cette matière ainsi qu’en géologie, matières pour lesquelles il obtiendra deux Licences. Plus tard, il obtiendra également une maîtrise en géologie et un Doctorat en paléontologie, ce qui lui permettra de devenir professeur à l’université de Los Angeles (UCLA). Il suffit de se pencher sur les paroles écrites par “Docteur” Graffin pour se rendre compte de ces influences.
Grâce à sa qualité ainsi qu’aux premières tournées en Europe, l’album se vend à 60 000 exemplaires.

Jay Bentley, Brett Gurewitz, Greg Hetson,  Greg Graffin. Photo : BJPapas, 1988.

1990.
Bad Religion continu sur son rythme d’un album par an avec “Against the grain” dont la chanson “21st century (digital boy)“, très appréciée des fans, est issue. Ce punk mélodique mais rageur devient la marque de fabrique du groupe.
Un an plus tard, Pete Finestone quitte le groupe, définitivement cette fois. Il est remplacé par Bobby Schayer qui, en plus d’être un très bon batteur, s’avère être un fan absolu de Bad Religion. L’histoire raconte même qu’il aurait appris 25 chansons de Bad Religion deux jours avant son audition. Il est engagé un mois seulement avant l’entrée en studio pour l’enregistrement du sixième album.

1992.
Et quel album ! “Generator“, dont la chanson-titre restera comme un des hymnes du groupe dépasse les 100 000 exemplaires vendus. Pour la première fois, un de leurs albums se vend également très bien en Europe.
La guerre du Golfe faisant rage à l’époque de l’écriture de l’album, plusieurs titres y font référence. “Heaven is falling” (que l’on peut traduire par “le ciel tombe” ou “le ciel est en train de tomber”) évoque un ciel s’assombrissant d’avions de guerre, tandis que “Fertile crescent” (“le croissant fertile”) nous rappelle que notre espèce n’a nulle part d’autres où aller.
A l’initiative du fanzine “Maximum rocknroll”, ces deux titres sont alors choisis pour figurer sur un 45 tours de protestation contre la guerre du Golfe, accompagnés d’un discours de Noam Chomsky, grand philosophe américain.
Brett Gurewitz s’exprimera également sur cette guerre et sur les médias qui la couvrirent en disant : “C’était pornographique ! Le pays tout entier traitait la guerre comme un putain de match de base-ball !”.

1993.
Peut-être un peu moins aggressif, donc plus abordable, “Recipe for hate” (“Recette pour la haine”) sort cette année-là. Des chansons comme “American Jesus” (peut-être LA chanson à laquelle tout le monde pense à l’évocation de Bad Religion), “Struck a nerve” ou “Watch it die” (sur laquelle chante un certain Eddie Vedder) allient mélodies entêtantes et paroles percutantes.
L’album se vend encore un peu plus que les précédent…et Epitaph Records devient trop petit pour le groupe (si je peux me permettre ce raccourci). Bad Religion signe chez Atlantic Records avec la promesse d’une plus large distribution.

Jay Bentley, Bobby Schayer, Greg Graffin, Greg Hetson, Brett Gurewitz. 1990’s.

1994.
Atlantic fait également la promesse à Bad Religion de lui laisser une complète liberté créatrice. Cela donne l’album “Stranger than fiction” qui reçoit un bel accueil avec des chansons comme “Infected” ou “Television” à laquelle Tim Armstrong du groupe Rancid prête sa voix.
Dans mon souvenir d’européen, il y eut deux autres grosses différences entre la distribution Epitaph et celle d’Atlantic :
– l’afflux de singles (CD 2 ou 4 titres, versions collectors, digipak en carton et tout le tralala).
– l’arrivée de différence entre les versions américaines et européennes/japonaises, frustration comprise. “News from the front” est une très bonne chanson, disponible seulement sur les versions européenne et japonaise…cette dernière seulement étant agrémentée de la chanson “Leaders and followers“.

Mais en 1994 sort un autre album et il va tout changer : “Smash” de The Offspring est un immense succès et Epitaph entre dans une nouvelle dimension. Brett Gurewitz ne peut plus assurer son travail chez l’ancien petit label en même temps que celui de guitariste de Bad Religion. Il décide de quitter le groupe (il y aurait également eu des tensions entre Jay Bentley et lui, mais cela ne nous regarde pas).
Brian Baker, ancien guitariste de Minor Threat et Dag Nasty rejoint le groupe.

1996.
Brett Gurewitz partit, tout le processus de co-écriture vole en éclat. Greg Graffin est désormais seul aux manettes pour écrire l’album “The Gray Race“. L’album, peut-être plus personnel, reste très bon (c’est mon avis) et le jeu de guitare de Brian Baker (mentionné dans l’écriture de plusieurs chansons de l’album) apporte un vrai plus.
Un an plus tard sort le premier album “live” de Bad Religion : “Tested“. Cet album est accompagné de 3 chansons inédites.

1998-2000.
J’ai moins envie de m’étendre sur les deux albums que sont “No substance” et “The new america“. Mon avis rejoignant celui de pas mal de monde, et même si quelques chansons sont à sauver, ces deux albums sont moins bons, moins accrocheurs, peut-être trop mélodiques. Un bon indicateur de la relative faiblesse de ses deux albums est le fait qu’aucune des chansons présentes sur ceux-ci ne sont jamais chantées en concert. Avait-on perdu Bad Religion ? #teaserdeouf

Jay Bentley, Bobby Schayer, Greg Graffin, Greg Hetson, Brian Baker. 1998.

2001.
Pas d’album cette année-là mais beaucoup de changements au sein du groupe. Suite à une fichue blessure à l’épaule, Bobby Schayer laisse sa place à l’excellent jeune batteur Brooks Wakerman (ex Bad4Good, The Vandals et Suicidal Tendencies).
Et devinez qui est de retour ? Brett Gurewitz bien sûr ! Après avoir participé un peu au dernier album, l’enfant maudit du punk rock californien (© moi 2020) revient à la guitare…et personne ne s’en va. Brian Baker, Greg Hetson et Brett Gurewitz sont donc les 3, oui 3, guitaristes de Bad religion. L’idée étant qu’ils participent tous les trois aux enregistrements mais que Brett ne parte pas en tournée avec le groupe car il a toujours beaucoup à gérer avec Epitaph. Dont le retour de Bad Religion sur son ancien label, dernier gros changement de cette année 2001 !

2002.
De retour chez Epitaph et après la positive réunification de ses deux co-auteurs, Bad Religion sort “The process of belief” (“le processus de croyance”) dont le premier titre ultra-rapide “Supersonic” donne le ton. L’album est un succès auprès des fans qui attendaient ce genre d’opus depuis un petit moment. Il est l’évidente preuve que le retour de Brett Gurewitz était une bonne idée.

2004-2006.
Bad Religion est en profond désaccord avec la politique de l’administration Bush et sa vision de la guerre contre le terrorisme. Sa réponse est “The empire stikes first” (“L’empire frappe en premier”) qui confirme de belle manière le renouveau ressenti dans l’album précédent.
Le groupe continu ses tournées dans le monde entier et, en 2006, sort un DVD intitulé “Live at the Palladium” qui retranscrit très bien l’énergie déployée lors des concerts.

2007-2010.
2007 voit la sortie de l’album “New maps of hell” (“Nouvelles cartes de l’enfer”). L’album évoque la crise mondiale. La colère, notamment face à l’apathie ambiante, est toujours présente. La très bonne chanson “New dark ages” en est un bon exemple. 
En 2010, sortent deux albums. Le second album live du groupe intitulé “30 years live” célèbre le trentième anniversaire de Bad Religion. En septembre de cette même année déboule “The dissent of man” (“La dissidence de l’homme”) dont le titre fait référence à l’ouvrage “The descent of man” de Charles Darwin. C’est le quinzième album studio du groupe.

Greg Hetson, Brooks Wackerman, Brian Baker, Greg Graffin, Brett Gurewitz, Jay Bentley.

2012-2013.
Bad Religion enregistre un nouvel album pendant l’année 2012 et c’est en janvier 2013 que sort l’album “True North” et son premier single “Fuck you” (je traduis ?).
A la recherche de quelque chose de nouveau, c’est une discussion entre Brett Gurewitz et Tom Waits qui provoque un déclic. Ce dernier lui aurait dit “Voici ce que j’ai fait sur mon dernier disque : J’ai fixé une limite de temps pour la durée de mes chansons. Je n’avais plus cette liberté de faire des jams de sept minutes“. Le groupe décide donc de rester dans une relative limite des deux minutes par chanson, ce qui ne fut pas vécu comme une contrainte mais plutôt comme une liberté.
Même si pas mal de chansons dépassent les deux minutes, l’album est très bien accueilli par le public et par la presse spécialisée.
C’est plus anecdotique mais en 2013, Bad Religion sort un album de reprise punk de chants de Noël intitulé “Christmas Songs“.

2014-2015.
De gros changements interviennent pendant des années sans album studio mais où les tournées continuent.
Le légendaire guitariste Greg Hetson quitte le groupe après 28 ans de bons et loyaux services. Il est remplacé par Mike Dimkich (ex Channel 3, The Cult). Brooks Wackerman, batteur depuis le début des années 2000 s’en va aussi pour rejoindre le groupe de MetalAvenged Sevenfold“. C’est Jamie Miller (ex …And You Will Know Us by the Trail of Dead) qui le remplace.
Ce genre de changement de composition imprévu aurait certainement mis fin à pas mal de groupe.

2019.
Mais il faut croire que ce qui ne tue pas Bad Religion le rends plus fort. Même s’il aura fallu attendre six longues années avant la sortie du 17ème album, “Age of unreason” (“L’âge de la déraison”) mets de nouveau tout le monde d’accord. Cette fois-ci c’est bien entendu le pantin Trump qui en prends pour son grade.
Pour la première fois, Bad Religion joue un peu le jeu des réseaux sociaux et de la nouvelle donne de la distribution musicale en donnant envie avec des titres un an avant la sortie de l’album (“The kids are alt-right“, “The profane rights of man“), puis en sortant un premier titre “My Sanity“, et enfin un second “Chaos from within“, disponibles sur toutes les plateformes musicales.
Brett Gurewitz, à propos de cet album : “Le groupe a toujours défendu les valeurs de vérité, de liberté, d’égalité, de tolérance. Aujourd’hui, ces valeurs sont véritablement en danger. Ce disque est notre réponse”.

Après 40 ans de carrière (qui dit mieux ?), les adolescents qui formèrent Bad Religion approchent doucement de la soixantaine. Mais la rage est intacte.

Jay Bentley, Mike Dimkich, Jamie Miller, Greg Graffin, Brett Gurewitz, Brian Baker. Photo : Alice Baxley, 2019.

Librement traduit et adapté de “History of BR” et “The Answer” sur theBRpage.net (THANK YOU SO MUCH GUYS !).